Publié : 4 juillet 2005
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La vie à Auschwitz et la Libération

Alors, les premiers jours on ne voulait pas nous donner de travaux. J’ai par la suite été envoyé à (nom d’une ville en Allemagne) pour construire une centrale électrique... que je n’ai pas construite, rassurez vous. Mais on m’a donné un wagonnet qu’il fallait que je pousse. Je ne savais pas pourquoi, sauf que finalement j’ai compris que c’était pour m’occuper. Ca n’avait aucune signification. Et je passais devant un camp où il y avait des familles entières, ce qui était rare. C’était des Tsiganes. Ils sortaient le matin, ils faisaient ce qu’ils pouvaient avec ce qu’on leur donnait pour s’occuper des enfants. À six heures du soir, quand je revenais vers le camp après les quelques bricoles que je pouvais faire, ils rentraient dans leur chambre (une pièce tout a fait primaire). Un jour, trois quatre jours après, tout avait disparu. Les barbelés, le camp, les Tsiganes. Je me suis renseigné, on m’a dit qu’il y avait trop de monde qui arrivait de partout. On ne pouvait pas les brûler, on a attendu quelques jours, ils ont été à la chambre à gaz, toutes familles réunies.

J’ai eu la chance en sortant de l’hôpital, parce que je n’étais pas en bon état, d’être chargé d’interpréter les travaux pour des Grecs qui ne parlaient pas l’allemand. Moi je parlais Yiddish, ça ressemblait à l’allemand. Le contremaître allemand, qui n’était pas un SS, qui nous guidait, se montrait les premiers jours très conciliant. Il avait une croix gammée trois fois plus grande que tout le monde. Quand je suis arrivée, comme c’était les Grecs qui ne comprenaient pas l’allemand, je suis devenu l’interprète. Le deuxième ou le troisième jour je suis allé aux toilettes. Il y avait un journal dans lequel il y avait à manger. Je lis le journal et je vois « Les troupes allemandes repoussent les Soviétiques etc. » Quand je sors, il me dit « qu’est-ce que tu penses de l’évènement... je l’avais remercié ! Qu’est-ce que tu penses ? Je ne sais pas comment il savait que nous avions un camarade qui écoutait la radio. On savait que les Allemands étaient en train d’être refoulés de l’Union soviétique. Alors je lui ai dit « ce n’est pas tout à fait comme ça ». Deux jours après ou trois jours après, il me renvoie aux waters, toujours important pour moi, pour les besoins, mais aussi pour manger et lire le journal. Et dans le journal, ils mettent déjà « Les Allemand reculent devant l’avance soviétique ». Quand je sors, il me dit « du hast Recht », « tu avais raison ». « Alors il y a une chose que je voudrais comprendre, comment un homme comme vous, qui avez une croix gammée deux fois plus grande que les SS, vous êtes humain. » Il me répond : « Je suis communiste. » J’ai adhéré au parti pour que mon fils n’aille pas combattre en Union soviétique. Nous sommes restés quelque temps avec les Grecs, qui ne faisaient pas grand chose, heureusement parce qu’ils ne demandaient rien. C’était la fin.