Publié : 12 mai 2005
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Essayons d’oublier

Mais quarante ans après, nous nous trouvons étranges,

Epaisis et blanchis, tassés, brinqueballant

Précurseurs véhéments de séniles phalanges

En évoquant Nessus ne fouettons que du vent.

Je voudrais oublier ! Parfois je le rappelle

Aux jeunes d’aujourd’hui qui m’écoutent polis ;

Ils sont indifférents, raillent les kyrielles,

Considérant moqueurs nos tristes éboulis.

Ils me font souvenir de cette vieille écorcé

Qui racontait sa guerre, en pleurant sur des morts,

Laissant à Jouaumont sajeunesse et sa force

De se voir encore là, s’exprimait en remords !

Et quand je l’écoutais, attentif, sarcastique,

Incrédule, mes yeux semblaient ironiser,

Sa voix s’amplifiait, son geste hiérarchique

Semblait voir l’ennemi, le fendre, le viser.

Déporté ! Résistant ! Ami, vieux camarade

Revenu comme moi de ces camps de la mort,

En ayant évité le noeud et la noyade,

Fais taire ta rancoeur, ne clame pas si fort !

Essayons d’oublier notre épreuve lointaine,

Puisque certains ont su combattre en chevalier,

Ensemble allons puiser à l’eau de la fontaine,

La goutte d’amitié qui sait faire oublier.


Serge Léopold Camman, Déporté résistant au camp de Newengamme